Partage d'émotion de Christophe :

Voyage à Valparai en janvier 2011


 

"Il est 5h."
Sous la frêle couverture posée sur le lit, je grelotte.
Je suis trempé de sueur aussi.

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J'ouvre un œil.
Je me rends compte que le ventilateur au plafond brasse toujours cet air humide et écœurant, chargé d'odeur de moisi et de poussière.
"Nous avons dû nous endormir sans le couper, crevés que nous étions, après ces six heures passés sur la moto, dans la fournaise de la plaine de Coimbatore.

Deux Immodium avalés, et un peu d'eau sur le visage plus tard je me recouche en faisant mon possible : ne pas le faire grincer, ce lit. Ne pas réveiller Sophie, mon amie.

Les yeux ouverts, je me repasse le film de ces deux dernières années :
Le choc du premier voyage en Inde.
Le retour en France et ce besoin vital de repartir, besoin d'abord insidieux, malicieux puis progressivement juste évident.
Et puis cette envie qui grandit aussi, envie de s'engager sur une voie meilleure, plus humaine, plus en accord avec mes valeurs. Ces heures passées sur internet, pour trouver la forme d'engagement qui me convienne. Partager, aider, donner une chance.
Oui mais comment ? Oui mais à qui ?

Ces échanges avec Isabelle, par mail, par téléphone et Les pièces du puzzle qui s'assemblent.

Rapidement tout se met en place et fait sens :

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Elle s'appelle Asha, jeune fille indienne de 9 ans, parrainée via Immaculata.

 

Le soleil commence à se lever. Ses rayons, au travers des persiennes, donnent une couleur plutôt jolie aux murs salis de la chambre. C'est fou comme un peu de lumière peut changer les choses, du moins la perception qu'on en a.
Dans quelques heures, nous avons rendez vous avec Sister Roopitha, en charge des parrainages à l'école Sacred Heart de Valparai, Tamil Nadu. Une rapide toilette à l'eau froide, quelques bananes - délicieusement sucrées - achetées en route la veille - en guise de petit déjeuner, et nous voilà prêts.

Prêt pour LA Rencontre.

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Nous nous sommes donnés rendez vous devant le seul hôtel de la ville, notre hôtel.
Sister Roopitha arrive à l'heure (indienne, c'est à dire pas à l'heure, aucune importance),
accompagnée de sister Shobiitha et du papa d'Asha.
Les soeurs sont radieuses, lumineuses, dégagent calme, sérénité, bonté, simplicité.
Le papa très souriant reste un peu en retrait car il ne parle pas anglais.

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Nous remontons la rue principale en direction de l'école puis de la maison d'Asha.

C'est dimanche, il n'y a pas classe. Je marche près de Sister Roopitha qui me presse de questions. Je lui explique notre périple. « You're so great. »

Je jette un oeil en arrière, Sophie et Soofitha avancent main dans la main. Nous arrivons à la maison d'Asha. Il nous faut descendre un petit escalier de pierres. Sur le seuil nous attend toute la famille : Asha bien sûr mais également sa mère, sa grand mère, sa tante, sa cousine, ses deux soeurs et son petit frère.

Des sourires, Quels sourires!
Nous prenons place à l'intérieur. Tout ce petit monde vit dans trois pièces relativement exiguës au toit en tôle ondulée.

C'est très coloré à l'intérieur, dans les tons bleutés. On nous indique les chaises. Ils sont à même le sol. Sister Roopitha sert d'interprète. Les premiers échanges sont un peu timides mais rapidement les barrières tombent, les coeurs parlent.

Nous sommes bien reçus : Thé, biscuits, beignets. Nous offrons les cadeaux que nous avons ramenés de France : des feutres, des stylos, des savons, des petits bijoux. Nous discutons pendant près d'une heure, tirons quelques portraits puis prenons congés, avec la promesse de se revoir demain. En partant, la maman d'Asha veut absolument que nous lui confions notre linge sale à nettoyer. Nous finissons par accepter, bien qu'un peu gênés. Son mari passera à l'hôtel le récupérer dans l'après midi.

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Nous reprenons la route de l'hôtel en compagnie des deux sisters. Nous nous donnons rendez-vous à l'école pour le lendemain matin.

Asha et Ashita, sa petite soeur, nous accompagnent un peu sur le chemin. Ashita a passé des onion-rings sur les doigts d'une de ses mains, histoire de grignoter en chemin.

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Le lendemain, comme convenu, nous visitons l'école et nous sommes l'attraction du jour. Nous passons de classe en classe et sommes accueillis par des regards curieux, de grands sourires, de jolies comptines, des fous rires...

 

Nous nous attardons davantage dans la classe d'Asha, qui a revêtu, comme tous les élèves, l'uniforme de l'école, bordeaux et beige. Elle semble très fière d'être visitée par son parrain.

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Ensuite nous visitons le collège, de l'autre côté de la rue. Les jeunes filles sont en pleine préparation d'examen et répétition de danse.

Sister Roopitha propose de nous héberger au couvent. Nous sommes touchés par tant d'hospitalité et acceptons avec joie, pas mécontents de laisser l'hôtel derrière nous. Le soir venu, nous partageons le repas des soeurs, instant magique puis nous rendons à l'orphelinat où nous attendent les quatre-vingt enfants dont l'association Immaculata et Isabelle s'occupent particulièrement. Les filles sont assises en tailleur sur des tapis.

Après avoir expliqué le motif de notre visite, et avoir distribué notre stock de sucettes, elles ont entonné un chant Tamoul particulièrement émouvant.

Sophie et moi en avons eu la chair de poule et les larmes aux yeux. Cet instant si particulier sera gravé à tout jamais en moi, en nous. Nous avons passé les deux jours suivants à visiter la région de Valparai, vraiment magnifique, en compagnie de Gunan, l'homme à tout faire de l'école du Sacré Coeur, et le seul employé de l'école à posséder une moto.

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Il nous a guidé à travers les plantations de thé, sur des chemins très caillouteux, dans des endroits inaccessibles.
Nous avons vu le Sholayar Dam (barrage), visité une usine de production de thé, plusieurs temples hindous, nous sommes arrêtés dans de petites échoppes à thé, avons mangé des fruits cueillis en route.

 

Le dernier soir, nous sommes retournés chez Asha, pour nous dire au revoir. Nous avons beaucoup ri, un peu pleuré aussi au moment du départ.

Le lendemain matin, après le petit déjeuner pris en compagnie des soeurs, arriva le moment difficile de la séparation.

Des liens très forts se sont tissés en quelques jours. Au moment de partir nous nous sommes même embrassé les joues (chose très rare chez les Indiens), non sans promettre de revenir dans deux ans.

J'ai actionné le kick de la moto qui s'est ébrouée au premier coup.

J'ai engagé la première vitesse. Et c'est les yeux embués de larmes que nous avons pris la route de Munnar, Kerala."

Christophe (42 ans, papa de Lola petite fille française de 9 ans et parrain d'Asha petite fille indienne de 9 ans.)


MERCI CHRISTOPHE

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