Les émotions partagées de Caroline :

  • Le premier récit , décrit le rendez-vous des familles à Cochin le premier samedi du mois.
  • Le second témoignage décrit le petit voyage de Caroline aux orphelinats de Kottayam ici

    Caroline, une marraine de l'association était notre envoyée spéciale sur place en 2007.

Elle est restée quelques mois à l'Université de Cochin st Teresa's Colege pour y effectuer un stage de Professeur de Français. Elle a pu ainsi s'imprégner de la culture locale et voir le travail des Sisters au quotidien.
MERCI Caroline pour tous les mails et nouvelles que tu as pu nous donner pendant cette période
Son rôle :  par ses courriels, elle nous fera ressentir ses émotions sur son expérience indienne. Ses témoignages nous permettrons  ainsi de mieux connaître les enfants et la vie quotidienne.

Je vous fais suivre donc deux aventures qu’elle a vécue et qu’elle a la gentillesse de nous faire partager...
C’EST vraiment très bien écrit
******MERCI CAROLINE*******


Courriel envoyé le 12 novembre 2007
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Reportage n°1 - Arathee à Cochin (RV enfants et Sisters)

Caroline a déjà assisté aux rencontres mensuelles des familles au couvent pour les parrainages.
Témoignage sur lces rencontres mensuelles (1er samedi du mois) au couvent où chaque famille présente l’enfant parrainé aux soeurs; Si tout va bien, la soeur remettra à la famille une partie de l’argent du parrainage que vous versez.

Caroline se met à la place des yeux d’une fillette qui pourrait être votre filleul(le)..

***Un délice de lecture***

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RENCONTRE ENFANTS D’IMMACULATA

Tous les premiers samedis de chaque mois, une rencontre avec les enfants parrainés par l’association Immaculata et d’autres association de parrainage a lieu dans les locaux de St Teresa’s College. Cette rencontre est organisée par les Sœurs qui tiennent d’une main de fer leur comptabilité et leur administration. Tout ce fait sur papier. Les enfants et leurs familles peuvent venir entre 9h et 13h. Les enfants sont souvent accompagnés par leurs mamans et leurs frères et sœurs. Les Sœurs s’installent à un bureau. L’une accueille, la deuxième enregistre la présence de l’enfant sur un registre et note la somme donnée. Elle tient les comptes. La troisième donne l’argent à la famille et se charge de donner à l’enfant les présents, les lettres et autres courriers reçus de France et d’ailleurs. L’enfant prend le courrier des mains de la Sœur comme un objet précieux avec un large sourire aux lèvres…
Puis l’enfant va s’asseoir sur les bancs prévus à cet effet. Et va chercher une feuille de papier pour écrire, répondre et dessiner à son parrain, à sa marraine.
Quoi de plus expressifs et de plus significatifs qu’un dessin d’enfant ?


Récit d’une matinée très attendue

Je m’appelle Arathee, j’ai 7 ans, j’habite Ernakulam. Je viens d’arriver en bus à St Teresa’s College avec ma maman et ma petite sœur. J’habite loin, alors c’est plus facile de prendre le bus. Mon papa travaille aujourd’hui comme tous les autres jours de la semaine, je ne le vois pas souvent. Ma maman m’a dit ce matin de mettre ma belle robe du dimanche car aujourd'hui je vais chercher mon courrier qui vient d’ailleurs. Qu’est-ce que ma marraine m’a envoyé cette fois-ci ? J’ai vraiment hâte de le savoir ! Alors je me suis faite toute belle, je me suis bien coiffée. Maman m’a même mis des petits nœuds blancs pour aller avec ma robe. Ça fait joli avec mes cheveux tout noirs. Maman m’a aussi massé les cheveux ce matin. Ici on fait toujours ça avec un tout petit peu d’huile de noix de coco, c’est très bon pour la santé des cheveux, et pour toute la santé d’ailleurs ! vous connaissez ?
Je vois des personnes qui attendent leur tour. Je fais la queue avec maman et Sadisha, ma petite sœur. Ça y est mon tour arrive ! c’est à moi ! oh la Sœur me reconnait… Bonjour. J’esquisse un sourire. Devant les Sœurs je suis très timide…Elle coche à côté de mon nom, j’ai pu le lire même à l’envers ! et puis elle me dit « tu as reçu du courrier, et tiens voilà 100Rs pour toi et ta famille. » Oh je suis contente !!!! je prends la lettre dans mes mains et je fais très attention à ne pas la froisser… ben oui, elle vient de France… vous vous rendez-compte, de France ?! C’est comme un trésor….
Je m’assois avec le sourire aux lèvres, maintenant je vais ouvrir la lettre. C’est en anglais. Maman, elle sait lire et écrire l’anglais, heureusement, comme ça elle peut m’aider. Elle lit la lettre : “Dear Arathee, all the family hope you are well…” Il y a des photos de ma famille. Tiens il y a un nouveau bébé. Il s’appelle Lucas. Je suis contente de voir ma marraine en photo. Elle m’a envoyé aussi des stickers de toutes les couleurs ! Maintenant c’est à mon tour de lui écrire. Je dois m’appliquer. C’est très sérieux tout ça, des gens qui habitent un pays très très loin vont lire ce que j’écris et regarder ce que je dessine. Je dois m’appliquer. Je dois donner le meilleur de moi-même. Tiens mon voisin répond en malayalam, son parrain doit habiter dans le coin ; c’est plus facile….quoique le malayalam est si compliqué à apprendre ! Il paraît que si l’on maitrise le malayalam, on peut apprendre toutes les langues du monde… j’aimerais beaucoup apprendre le français plus tard… Moi je dois répondre en anglais, mais ça ne fait pas longtemps que j’apprends l’anglais à l’école alors maman me donne un coup de main. Elle écrit ce que je veux dire sur un brouillon mais elle veut absolument que j’écrive de ma propre main. Pff ! parfois je suis un peu feignante et j’aimerais bien que maman écrive pour moi. Parfois je ne sais pas quoi raconter… j’ai aussi tellement de choses à dire…par quoi commencer… bon je me lance :
« Chère marraine,
Merci beaucoup pour ta lettre et les stickers qui sont très beaux. J’espère que toi et toute ta famille allez bien. Moi ça va aussi. Je travaille bien à l’école, j’ai eu de bonnes notes aux derniers examens. Je suis tombée malade le mois dernier. J’ai du aller à l’hôpital. J’avais beaucoup de fièvre, ma tête me faisait mal… maman et papa étaient très inquiets pour moi. Et puis le docteur a fait un scanner et m’a donné des médicaments et maintenant je vais mieux. Toute ma famille va bien aussi. J’ai eu un nouveau jouet : une belle poupée qui chante « happy birthday to you ! » je l’aime, c’est ma poupée préférée. A l’école j’apprends le yoga. On a des cours obligatoires et je pratique la danse classique aussi. Tu connais la danse classique et traditionnelle indienne ? c’est très beau mais c’est très difficile aussi. Je dois m’entrainer souvent et puis à la fin du mois il y a une compétition à l’école. Je dois être la meilleure. Si je gagne je pourrais peut-être danser pour la fête de Noël qui sera organisée dans l’école devant tout le monde… j’ai un peu peur… Je suis très contente d’avoir de vos nouvelles. Lucas est un beau bébé, il ressemble un peu à ma poupée sauf que lui c’est un garçon et que ma poupée c’est une fille ! J’espère que vous allez tous bien, et je vous remercie beaucoup de votre tendresse. Je pense très fort à vous tous et à toi ma marraine. With love… »
Et puis pour accompagner la lettre, je décide de dessiner un beau dessin. …hmmm… ah oui ! un cocotier et ma maison et ma famille J

Après je donne tout ça à une élève qui aide les Sœurs, elle prend le dessin et la lettre et les dépose dans un panier à côté d’une jeune femme blanche. Je vois rarement des étrangères d’aussi près. Je la regarde attentivement. Elle est grande, elle a la peau toute blanche. Elle aussi a un beau sourire. Elle me demande comment je m’appelle, et comment je vais. Je regarde maman, elle me dit de me tenir droite et de répondre. Je me tiens droite, je mets mes mains derrière mon dos et lui réponds : « Arathee. I’m fine thank you ! and you ? » Elle me pose plusieurs questions, parfois je ne comprends pas bien son accent, alors maman me répète la question en malayalam. Oh elle veut me prendre en photo… moi ? d’accord ! J’arrange vite fait mes cheveux. Voilà je suis prête. Je souris…. Clic….. La photo est prise. Elle dit que c’est pour un site web en France… wow je suis une star ! Elle demande si elle peut prendre une photo avec moi, maman et Sadisha. C’est chouette les photos de famille. Elle est gentille. Elle prend d’autres enfants en photo aussi. Elle a même pris mon dessin en photo, elle le trouvait sûrement très joli. C’est pour Internet aussi ?
 
Et puis voilà c’est le temps de partir. J’ai rencontré une amie de l’école. On parle, on parle et on a encore des tas de choses à se dire mais maman me dit qu’il faut rentrer car elle doit préparer le repas pour ce midi car papa va bientôt rentrer du travail. En partant, je vois un garçon qui se fait prendre les mesures par un tailleur. Il doit lever les bras et faire des acrobaties ! Le tailleur prend les mesures des bras, du cou, du corps, des jambes et de la taille. Ce garçon va avoir un nouveau vêtement, un nouveau costume. Je le regarde, peut-être que moi ce sera la prochaine fois, qui sait. De toute façon, j’ai toujours hâte de venir à St Teresa’s College, et même que plus tard j’aimerais bien venir étudier le français dans cette grande et prestigieuse université. C’est pour ça que je travaille bien à l’école. Merci marraine



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Reportage n°2

Reportage sur Kottayam , lieux de présence des soeurs par leurs travails.
Nous parrainons collectivement l’Orphelinat Little Flower du Centre St Joseph.
Le projet humanitaire 2008 rénover l’orphelinat “ St Joseph” au centre Mount Carmel.


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KOTTAYAM

Avec Sister Marie-Zeena, je suis allée jeudi dernier à Kottayam, c’est à environ 80-90 km d’Ernakulam mais on a mis 2h en bus et c’était un « fast car » ! C’était mon 1er voyage en bus et …. C’est très inconfortable !!! le conducteur conduit comme d’habitude … je vous épargne les détails ! de toute façon ici il n’y a pas de lois, les règles de la circulation ne sont pas respecter. Les gens du Kerala achètent leur permis, ils ont très peu d’heures de conduite après avoir passé le code. Certains conduisent même depuis l’âge de 10 ans ! Il parait que c’est une spécialité du Kerala ….
 
Objet du voyage : visite de 2 orphelinats pour réaliser un projet d’aide que l’on enverra à l’association Immaculata qui parraine des enfants. Il faut trouver des fonds pour améliorer les conditions de vie de nos jeunes filles.
 
Ces orphelinats accueillent exclusivement des jeunes filles de milieux très défavorisés. Certaines ont perdu un ou deux de leurs parents, d’autres ont des parents séparés, elles vivent donc avec la mère qui doit travailler souvent comme domestique et n’a ni l’argent ni le temps de s’occuper de leurs enfants ; d’autres vivent dans des familles trop pauvres pour payer les frais de l’école. Même si pour elles, l’école est gratuite, il faut payer l’uniforme, les livres, les affaires de classe et les transports. Pour les 2 orphelinats, la procédure d’admission est à peu près similaire. Elles doivent remplir une demande d’admission d’abord à l’école. Puis, si cette dernière est acceptée, elles peuvent demander à être admises dans l’orphelinat qui est un internat. Il procure à ces jeunes filles : éducation, logement et nourriture. Parfois ces jeunes filles rentrent chez elles pour le week end ou pendant les vacances scolaires. Parfois elles ne peuvent pas rentrer faute de moyens financiers. La famille ne peut pas payer le bus aller-retour. Ces orphelinats survivent grâce aux soutiens des donateurs essentiellement et de l’école. Le gouvernement, quant à lui, ne donne que 150 Rs/enfant /mois, ce qui équivaut à moins de 3€. Ce qui est très largement insuffisant ne serait-ce que pour proposer une alimentation variée.
 
*     L’orphelinat “Little Flower” du centre St Joseph accueille 50 jeunes filles de 7 à 17 ans. Toutes viennent de milieux défavorisés, pauvres voire très pauvres, souvent des familles d’agriculteurs. La majorité d’entre elles viennent de Munnar, la région des plantations de thé. Les jeunes filles ont un emploi du temps très strict qu’elles doivent respecter. Grâce aux dons de l’association Immaculata du carrelage a pu être posé dans le dortoir et dans les salles de bains. Tout le monde en est très fier ! le carrelage n’est pas fini d’être posé dans toutes les salles de bains mais cela est pratiquement terminé, et les Sœurs se chargent de ne pas faire traîner trop les choses….
 
*     L’orphelinat “St Joseph” du centre Mount Carmel : accueille 105 jeunes filles de 10 à 17 ans. Cet orphelinat se présente sous 3 bâtiments principaux dont deux sont très vieux et très usés par le temps. L’un est réservé à une salle de bains, une salle de classe, salle de rangement et d’études. Le second sert à la vie quotidienne des jeunes filles : 1 dortoir, 1 salle commune qui sert la nuit de dortoir et le jour  de salle d’études et de jeux, 1 salle de bains, 1 pièce de rangement pour certaines d’entres elles (car chaque groupe de classes a sa petite pièce de quelques mètres carrés où elles peuvent entreposer leurs valises et leurs affaires personnelles) ; le troisième bâtiment qui vient d’être restauré est réservé aux repas. On y trouve la cuisine et le réfectoire. Les 2 cuisinières qui travaillent à l’orphelinat préparent tous les jours au feu de bois les 3 repas quotidiens. Au menu : riz, puttu le matin, dosa, idly…
 
Les jeunes filles restent  à l’orphelinat entre 7 et 10 ans. A l’âge de 17 ans, ces jeunes filles doivent quitter l’internat pour commencer une nouvelle vie. Selon les Sœurs la plupart d’entre elles retournent auprès de leurs familles et arrêtent leurs études pour travailler comme domestique ou comme vendeuse. D’autres continuer et trouvent l’aide nécessaire pour survivre. D’autres seront mariées. Quand j’ai demandé à quelques unes d’entre elles ce qu’elles voulaient faire plus tard, toutes avaient des rêves et avaient une réponse : « je veux être docteur », « je veux être infirmière aux Etats-Unis », « je veux être infirmière », « je veux être…. », oui les filles garder vos rêves et ne laissez personne vous les prendre, travailler dur à l’école et ayez de bonnes notes, c’est important pour vous…
 
L’aide financière : le gouvernement donne 150 Rs/enfant/mois et la Mère supérieure, directrice de l’école donne 10 000Rs/ mois. (environ 58 roupies pour 1 euro!!!)

Les conditions de vie : L’emploi du temps est très strict. Elles se lèvent à 5h du matin pour être prête pour la prière de 5h30. A 6h30 il y a la messe, et ensuite elles étudient. Puis, elles ont 10 min de « house work ». A 7h30, elles prennent leur petit-déjeuner. Puis de 9h à 15h30 c’est la classe. Elles vont à l’école. Elles ne quittent jamais le campus. En revenant des cours, elles prennent leur douche, puis un thé. Puis elles étudient un peu avant la prière de 18h30. Elles ont un temps libre jusqu’à 19h. Elles dinent et peuvent étudier de 9h30 à 22h ou 23h30 pour celles qui le souhaitent.
 
Les besoins : les conditions de vie restent très précaires. Le plus difficile pour les filles est de dormir à même le sol car le dortoir du sous-sol ne peut pas accueillir toutes les jeunes filles. L’autre moitié dort à l’étage, sur une simple natte de paille dans la salle de séjour qui sert de salle d’études et la nuit de dortoir. Dans le bâtiment qui a été restauré (l’actuel réfectoire et cuisine), les sœurs attendent des fonds et des aides pour faire construire un ou deux étages supplémentaires. Le toit de ce bâtiment sert actuellement aux filles à étendre leurs vêtements. Cet étage permettrait aux jeunes filles de dormir dans un endroit plus sec, plus sain, et d’avoir un lit pour toutes… car dormir par terre signifie aussi la possibilité d’être en compagnie des cafards, de tout insecte rampant et surtout des rats…Cet étage permettrait à ces jeunes filles un peu plus de confort et d’avoir leur propre dortoir. Les Sœurs espèrent également pouvoir construire une nouvelle salle d’études….
 
 
Certaines d’entre elles n’avaient jamais vu une étrangère en tout cas d’aussi près J Elles aiment poser des questions sur ma famille ! et puis il a fallu célébrer cette rencontre, alors elles nous ont fait une démonstration de danse traditionnelle : Thiruvathira (la danse de l’amitié) et Opana (bride dance).
Elles étaient si fières de montrer ce qu’elles avaient appris, ce qu’elles savaient faire, on aurait dit des petites reines. Certaines dansaient et d’autres chantaient a capella.
Puis comme j’avais apporté des petits cadeaux et des bonbons on les a distribués.
La Sœur (qui est aussi la sœur de Sister Christabelle) m’a dit que parler avec une étrangère en anglais était bien pour elles et qu’elles apprenaient plus vite car elles devaient faire des efforts pour se faire comprendre !
Une petite fille d’environ 10 ans ne me lâchait plus la main !
Beaucoup me touchait le bras, et même me pinçait J
peut-être pour voir la texture de ma peau…
et elles étaient très intriguées par mes grains de beauté… elles croyaient que c’était un problème de peau !
je leur ai dit « non non, ce sont des beauty points and a lot of Europeans have this ! »
c’était drôle de voir leur tête !!!!!
On s’est amusé à prendre des photos, elles étaient si contentes de se voir et de toucher l’appareil.
Elles ont même voulu prendre le chien Jikki un petit chien qui a été renversé par un camion et qu’elles ont soigné.
 
Des jeunes filles aux sourires magnifiques et qui ne doivent pas se plaindre souvent de leurs conditions.
Cet orphelinat est une chance pour elles. Que seraient-elles devenues sans cela ?
 


MERCI CAROLINE

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